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Les 3 cerveaux, la posture et la motricité

On parle souvent du cerveau comme du chef d’orchestre de l’organisme mais nous avons tendance à oublier/sous-estimer la partie du cerveau qui est en « pilotage automatique ».

 

 

En tant qu’être humain, nous sommes doté d’un néo-cortex développé nous donnant des fonctions cognitives dites supérieures comme les perceptions sensorielles, les commandes motrices volontaires, le raisonnement spatial, la conscience ou encore le langage.   Nous avons donc l’impression d’avoir du contrôle sur notre corps, que notre volonté peut suffire à le maîtriser…

 

Au niveau de la motricité  et de la posture, nous avons souvent la croyance qu’il « suffit » en quelque sorte de faire attention à ses placements (grâce au néo-cortex) pour corriger sa posture et éviter, par exemple, le mal de dos (ceci est une croyance très largement répandue et représente le fondement de plusieurs méthodes).

 

D’un autre côté, la biomécanique traditionnelle sépare le fonctionnement du système nerveux de la mécanique du corps, comme si nous n’étions qu’un ensemble de bras de levier et de résultantes de forces, sans prendre en compte l’importance cruciale de l’état de tension des tissus (tonus postural) qui dépend du système nerveux indépendant de notre volonté.

 

La biomécanique traditionnelle omet aussi l’importance des fascias et du principe de tenségrité, fascias qui réagissent aussi aux émotions et au stress (à nouveau un lien avec le système nerveux).

 

 

Petite parenthèse : de ces perceptions simplistes sont nés les concepts de «core stability» et de renforcement sélectif des abdominaux profonds et des érecteurs du rachis dans le but de prévenir/protéger des lombalgies.  Pour ceux qui lisent en anglais, je vous invite à lire cet article bien intéressant sur ce phénomène et la conclusion que les exercices de «core stability » ne sont pas plus efficaces que n’importe quel autre type d’exercices dans la prévention des maux de dos : http://www.cpdo.net/Lederman_The_myth_of_core_stability.pdf 

 

 

 

Revenons-en aux 3 cerveaux.

 

D’après Paul MacLean qui a étudié le fonctionnement du cerveau chez les reptiles, les mammifères et les humains, le cerveau humain est composé de 3 couches qui surplombent et entourent  le tronc cérébral qui correspond, lui, approximativement au cerveau d’un poisson.

Ces 3 couches de cerveau recouvrent le tronc cérébral en peu comme les couches d’un oignon.

 

Cette organisation du cerveau séparé en 3 parties est une perception simplifiée, plus facile pour appréhender la complexité du cerveau.  

 

 

 

 

 

Le cerveau reptilien 

 

La première couche est le cerveau reptilien.  Chez les humains, le cerveau reptilien comprend les ganglions de la base et le cervelet et une tâche majeure de cette partie est le contrôle des réflexes posturaux, notre habilité à tenir debout, marcher et garder notre équilibre.

 

Les réflexes archaïques (primitifs)

 

Dans les jours qui suivent la naissance d’un bébé, un pédiatre vient vérifier quelques réflexes archaïques.  Ces réflexes doivent être présents et témoignent du bon fonctionnement du système nerveux chez le nouveau-né.

 

Les réflexes primitifs sont des mouvements stéréotypés et contrôlés par le tronc cérébral.  Ces réflexes entraînent l’activité  motrice du bébé et doivent être intégrés/inhibés pour que l’habilité motrice du bébé puisse se mettre en place.

Les réflexes primitifs sont innés, programmés génétiquement.  

 

Ces réflexes primitifs constituent les mouvements faits par le foetus in-utero et le nouveau-né.  Certains réflexes doivent matûrer et se transformer en réflexes posturaux pour permettre à l’enfant d’être capable se mettre debout, de marcher et de garder son équilibre.  

 

D’autres réflexes doivent s’intégrer.  Le bébé intègre les réflexes primitifs en faisant des mouvements rythmiques spontanés qui répètent le schéma du réflexe.  Ces mouvements rythmés envoient des informations au cerveau pour que celui-ci soit à même de réguler le tonus postural.  

 

Si cet ajustement du tonus postural ne se fait pas correctement dans le développement de la motricité du bébé, nous pouvons garder un excès de tonus, ou un manque de tonus dans certaines parties du corps qui peut être préjudiciable pour les articulations, particulièrement au niveau de la colonne vertébrale, des genoux et des hanches.  Cela peut aussi engendrer une perturbation de la circulation et des échanges gazeux (par compression dans le cas d’excès de tonus).

 

Pour mieux comprendre l’influence des réflexes archaïques, voyons plus en détails un des réflexes archaïques: le réflexe tonique labyrinthique (RTL). 

 

Le réflexe tonique labyrinthique.

 

Le réflexe tonique labyrinthique se manifeste quand le bébé incline la tête vers l’avant et vers l’arrière.

Quand le bébé incline la tête vers l’avant (flexion), cela entraîne une flexion des bras et des jambes.  C’est la position du foetus dans l’utérus.

 

Ce réflexe se développe 12 semaines après la conception et devrait être intégré entre 3 et 4 mois après la naissance. 

 

 

Le réflexe tonique labyrinthique se manifeste également en extension : l’extension de la tête entraîne une extension globale du corps avec augmentation du tonus dans la nuque, le dos et les jambes.  Ce réflexe est stimulé lors de la naissance.  Le réflexe tonique labyrinthique en extension s’intègre plus lentement, le processus est complètement terminé vers 3 ans. 

 

Le RTL aide l’enfant à s’adapter à la gravité après la naissance.  Chaque flexion de la tête vers l’avant diminue le tonus des muscles extenseurs entraînant une flexion du dos et des jambes.  Chaque extension de la tête en arrière augmente le tonus dans les muscles extenseurs et le corps s’étire. 

Ce réflexe donne l’opportunité à l’enfant d’entraîner son équilibre, son tonus musculaire et sa proprioception.

 

Ce réflexe est donc à la base des mécanisme de stabilité, d’équilibre, de tonus musculaire et de proprioception.

 

Le RTL prépare le bébé au mouvement de retournement et plus tard au 4 pattes, à la position debout et à la marche.  Il participe également au développement des capacités de rotation de la tête et au réflexe de redressement de la tête.

 

Que se passe-t-il quand ce réflexe reste actif?

 

Quand  les muscles agonistes et antagonistes travaillent séparément et de manière inadéquate, le RTL non intégré peut entraîner des déséquilibres musculaires chroniques, des problèmes posturaux, des muscles hypertoniques et des dysfonctionnement du système vestibulaire. Ils peuvent tous engendrer des problèmes d’équilibre et un manque de coordination motrice.  

 

 

Quand le RTL n’est pas intégré, les enfant ont tendance à s’asseoir en W pour bloquer leur jambes qui ont tendance à bouger lors des changements de postions de la tête.  Ils  peuvent avoir tendance à s’affaisser sur leur chaise (RTL en flexion), à enrouler leurs jambes aux pieds de la chaise.

 

Les personnes avec un RTL actif en flexion peuvent avoir les problèmes suivants :

- difficultés de tenir la tête droite, elle peut « tomber » en avant ou sur le côté,

- faiblesse des muscles de la nuque, 

- posture avachie,

- faiblesse du tonus postural et hyperlaxité articulaire,

- difficultés à monter les bras en l’air et à grimper (escalade),

- tendance au strabisme, faiblesse des muscles oculomoteurs,

- problèmes d’équilibre, particulièrement en penchant la tête en avant.

 

Les enfants/personnes avec un RTL actif en extension peuvent avoir les problèmes suivants : 

- tension musculaire avec une tendance à marcher sur la pointe des pieds, 

problème d’équilibre, particulièrement en regardant vers le haut,

- problèmes de coordination.

 

Si le RTL n’est pas intégré dans l’enfance, il y aura d’autres réflexes qui ne seront pas intégrés.  Chez les adultes qui ont intégré le réflexe durant l’enfance, il peut être réactivé à la suite d’ne blessure/pathologie à la nuque, à la tête ou au dos.  Les symptômes seront des problèmes d’équilibre et des douleurs au dos et à la nuque.

 

 

Voici la description d’un seul réflexe.  En sachant qu’il existe une 70aine de réflexes archaïques, nous pouvons prendre conscience que la bonne mise en place de la motricité est cruciale dans le développement de l’être tout entier, tant au niveau postural, cognitif et émotionnel.

 

Avec cet exemple, nous comprenons facilement que si une personne a le réflexe tonique labyrinthique non intégré, que ce soit en flexion ou en extension, ce n’est pas en lui disant de se tenir droit et de rester calme sur sa chaise (dans le cas d’un enfant) qu’on va pouvoir l’aider!  En donnant des consignes de ce type, c’est le néo-cortex qui agit en prenant la décision d’ajuster la position momentanément. Cela ne peut tenir dans le temps vu que le problème n’est pas la volonté et encore moins la soit-disant paresse de lutte contre la gravité, mais un problème sensoriel…  

 

 

C’est l’ajustement du tonus postural par des stimulations sensorielles et en mouvement, par une stimulation des captures posturaux qu’on peut espérer de réels résultats et une réelle levée des tensions!

 

 

Cerveau limbique (2e cerveau) 

 

 

Au dessus du cerveau reptilien se trouve le cerveau limbique, le cerveau des mammifères qui gère entre autres les émotions, la mémoire, les apprentissages.

 

D’autres réflexes archaïques sont en lien avec les émotions comme  le réflexe de paralysie par la peur, le réflexe de Moro ou encore le réflexe tendineux de protection.

 

L’état émotionnel est en lien étroit avec le fonctionnement du système nerveux et l’état de tension dans le corps.

 

Le cerveau limbique reçoit des informations tactiles, proprioceptives, auditives, visuels, gustatives et olfactives.  Il reçoit aussi des informations internes de nos organes via le nerf vague.

 

Quand nos sens perçoivent une menace, le système limbique est activé.  On peut réagir par la peur ou la fuite ou encore avec agressivité pour éliminer le danger.

Quand nos organes internes signalent au cerveau limbique que nous avons besoin de boire ou de nourriture, nous prenons la décision d’assouvir ces besoin (néo-cortex) et nous ressentons une sensation agréable lorsque nous mangeons ou buvons.

 

On peut dire que le système limbique reçoit des informations et les transforment en émotions.  Dans certaines situations, ces émotions sont vitales pour notre survie.

 

Le système limbique peut également être activé par nos sentiments, comme les sensations de papillons dans le ventre ou encore un pression dans la poitrine quand nous nous sentons tracassés ou déprimés en pensant à une situation déplaisante.

 

Le système limbique est en connexion et en coopération étroite avec le néo-cortex (3e cerveau).  Si cette connexion est défaillante, la régulation des émotions s’en trouvera perturbée. 

 

Le réflexe de paralysie par la peur, le réflexe de Moro et le réflexe tendineux de protection, fortement lié aux émotions et au système limbique, ont tous les 3 également un impact sur la posture et amènent beaucoup de tensions dans le corpsLa présence rassurante et maternante des parents est importante pour l’intégration de ces réflexes chez le bébé. 

 

Ici aussi, tant que la levée des tensions par l'apaisement du système nerveux et l'intégration de ces réflexes de protection n'est pas faite, une action posturale porteuse ne pourra pas se mettre en place.

 

Le néocortex (3e cerveau)

 

La partie la plus supérieure est le néo-cortex.

Les signaux provenant des organes doivent atteindre le néo-cortex et être analysés pour nous permettre d’être avertis de notre environnement et de pouvoir agir consciemment.

Comme déjà écrit dans un précédent article, les informations ne passent que dans un sens, du cerveau limbique vers le néo-cortex.

 

Pour que le néo-cortex et le cerveau tout entier puisse se développer et fonctionner idéalement, il est nécessaire d’avoir des stimulations sensorielles positives permettant aux connexions de se mettre en place.  

 

Développement de la motricité et connexions cérébrales

 

A la naissance, les 3 cerveaux (reptilien, limbique et néo-cortex) sont formés mais ne fonctionnent pas encore correctement.  Pour que ces différentes parties puissent fonctionner comme un tout, elles doivent se développer et se lier les unes aux autres.  Ceci est mis en place, entre autres, par les mouvements rythmiques que font spontanément  les jeunes enfants et qui stimulent la croissance, les connexions et la myélinisation neuronale.

 

Le jeune enfant a besoin d’un tonus musculaire suffisant pour être capable de se déplacer et de stimuler les liaisons entre les différentes paries du cerveau. Pour que ce tonus musculaire puisse s’établir, le bébé a besoin d’être touché (stimulation tactile), câliné, bercé et laissé libre de se déplacer librement.  Ces stimulations envoient des signaux à partir des récepteurs tactiles, vestibulaires et kinesthésique au tronc cérébral dont le rôle est de réguler le tonus musculaire.

 

Si le bébé manque de stimulations sensorielles, le tonus de ses muscles extenseurs sera faible.  Cela engendrera des difficultés pour tenir sa tête et se déplacer ce qui engendrera à son tour une manque de stimulation vestibulaire, tactile et kinesthésique aboutissant à un cercle vicieux… 

 

Quand le bébé est empêché de bouger librement (nombreuses heures passées dans le relax ou le maxi-cosy), trop peu de stimulations sont transmises au néo-cortex par la formation réticulaire du tronc cérébral.  Quand le néo-cortex n’est pas suffisamment stimulé, l’enfant devient en quelque sorte paresseux et inattentif aux signaux sensoriels.  Les cellules nerveuses et le réseaux de nerfs du néo-cortex ne se développent pas correctement.

 

Nous avons besoin de stimulations sensorielles tout au long de la vie car ces connexions ont besoin d’être entretenues!  On voit par exemple réapparaître des réflexes archaïques chez les personnes âgées qui manquent de mouvement.  Le déclin des fonctions cognitives chez les personnes âgées est aussi lié au manque de mouvement et de stimulations sensorielles.

 

Certains réflexes archaïques peuvent perdurer à l'âge adulte ou réapparaître et empêcher le bon fonctionnement de la motricité mais aussi de la gestion des émotions et des fonctions cognitives. Il existe des exercices pour aider l'intégration de ces réflexes et avoir une action sur la régulation du tonus postural avec des résultats sur la douleur et aussi sur les sphères émotionnelle et cognitive. 

 

Conclusion 

 

Tout est lié!

L’interaction avec notre environnement, les stimulations sensorielles ont une actions sur la motricité, la gestion des émotions, la posture, les apprentissages, notre capacité à prendre des décisions…  AVOIR UNE ACTION SUR LA POSTURE PASSE PAR LES SENS, PAS PAR LA VOLONTé!

 

Le problème n’est pas la position, le problème c’est la posture (dont dépend la position)!

 

L’ajustement du tonus postural automatique optimal dépend de la connexion efficace entre le cerveau et le corps, des sens qui fonctionnent bien parce qu’ils ont été/sont correctement et régulièrement stimulés.  La stimulation sensorielle par le mouvement rythmé permettant l’éveil des sens kinesthésique, proprioceptif, vestibulaire et tactile est essentielle dans le développement de la motricité et ce dès les prémices mouvement dans le ventre de la maman et tout au long de la vie

 

La volonté (se forcer à se tenir droit), ne pourra jamais palier à ce manque d’informations, de connexions, de stimulations. 

 

Je vous invite à lire/relire ces article pour mieux intégrer ces informations :

La posture n'est pas une question de volonté

On ne peut pas séparer la biomécanique de la neurologie!

 

Prenez soin de vous!....intelligemment 😉

 

 

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Sources illustrations 

http://bozina.info/qhivemsuggest-maclean-cerveau.htmlhttps://www.flickr.com/photos/aarbuckle9/8416689789

https://neurogymtonik.com/la-naissance-premiere-propulsion-stressante-pour-bebe/

https://emelineseyer.fr/reflexes-mission-fondatrice/

 

Sources 

Rhythmic movement training de Harald Blomberg, 2015

Notes personnelles et syllabus de la formation d'intégration motrice primordiale (IMP) "L'alphabet du mouvement" - 2018

Syllabus de la formation TMA "Les réflexes archaïques chez le nourrisson" par Catherine Schoone et Luc Boone - 2018

 

 

 

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