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Raideur de la chaîne postérieure, les étirements sont-ils la solution?

Bonjour à tous ☺️,

La raideur de la chaîne postérieure et particulièrement des ischios-jambiers est très fréquemment observée et ce qui est préconisé en général, ce sont des étirements.

 

 

Et si nous élargissions notre vision?

Une collègue m'a envoyé une vidéo d'une présentation de Dianne Andreotti, physiothérapeute canadienne, sur le contrôle moteur des ischios-jambiers.  Vu que cette vidéo me parle énormément et est totalement en cohérence avec mes dernières formations (Posturologie, Intégration Motrice Primordiale, Original Strength, Institut IP), j'ai eu envie d'en faire un article en français.

Pour ceux qui comprennent l'anglais, lien vers la vidéo ici

 

Les ischios-jambiers sont souvent le siège de problèmes d'extensibilité ou d'excès de tonus.

Ce manque d'extensibilité est source de blessures, particulièrement dans la pratique sportive, non seulement au niveau des ischios-jambiers eux-mêmes, mais aussi au niveau d'autres structures.  En effet, des ischios spasmés vont avoir comme répercussion une surcharge à d'autres endroits ((la colonne lombaire, les articulation sacro-iliaques, les hanches, les genoux, les pieds) car il y a une restriction dans la chaîne cinétique.

Il est souvent difficile de traiter cette hyperactivité des ischios-jambiers.

Pourquoi les étirement ne fonctionnent-ils pas sur le long terme ? (Weppler et al. 2010)

Car nous ne sommes face à un problème de recrutement musculaire, donc de contrôle moteur ! 

 

Le Tonus musculaire

Le tonus musculaire peut être défini par la somme des mécanismes, actifs et passifs, qui résiste à l'allongement d'un muscle ou qui influence le mouvement actif.

Le tonus d'un muscle au repos est passif (silencieux à l'EMG) et dépend des propriétés tissulaires viscoélastiques intrinsèques.  C'est sur ces propriétés que le stretching peut agir.

Mais, lors d'une contraction active, de hauts niveaux de tonus sont produits et peuvent être  affectés par certains réflexes : 

- les réflexes spinaux, les réflexes d'étirement,

- les réflexes dépendant du tronc cérébral : les réflexes primitifs (archaïques) et  les réflexes posturaux.

Cet excès de tonus n'est donc pas modifiable par la volonté.

Le contrôle moteur 

Le contrôle moteur peut être défini pas les informations transitant par le système nerveux central qui organise le système musculo-squelettique pour contrôler la posture, créer des mouvements coordonnés et des aptitudes motrices.

Le contrôle moteur est complexe et nous pouvons le séparer en plusieurs parties : 

- Les informations sensorielles provenant de l'environnement et de notre propre corps,

- la perception de nous-même, de la tâche que nous sommes en train de faire et de l'environnement,

- la planification motrice,

- l'exécution motrice.

Une partie extrêmement importante est la partie des informations sensorielles.  Le cerveau doit d'abord percevoir avant de pouvoir agir.

Le contrôle moteur dépend de la qualité de ces informations reçues par le cerveau et venant des différents organes sensoriels, tactile, vestibulaire, proprioceptif, visuel, auditif (=INPUT).  Ces informations provenant de ces différentes sources devraient être congruentes pour que le cerveau soit en mesure d'ajuster le tonus et le contrôle moteur .  S'il existe une asymétrie ou une différence dans les informations reçues, cela affectera inévitablement la commande motrice (=OUTPUT). 

Une commande motrice efficace signifie le recrutement moteur adéquat (ni trop ni trop peu) pour une tâche donnée.

On observe souvent chez les sportif un recrutement trop important quelle que soit la tâche.  Une simple montée de bras peut parfois donner l'impression que le sportif force beaucoup. 

Pourquoi un recrutement adéquat est-il si important? 

Avoir un recrutement moteur adéquat permet de fournir un geste avec suffisamment de force, d'endurance et de contrôle quelque soit l'effort/le mouvement à fournir.  Il est facile de comprendre que si le recrutement est trop faible ou excessif, cela affectera la qualité du geste et son efficacité.

Quels sont les freins du contrôle moteur?

Il est vraiment important, en tant que kinésithérapeute (et autres professions concernées), que nous ne considérions pas le corps uniquement comme un ensemble de muscles et d'articulations mais que nous ayons une vision plus holistique qui prend en considération les multiples raisons qui peuvent avoir un impact sur le tonus musculaire.

1) Le premier frein sont les informations sensorielles.  Si les informations sensorielles ne parviennent au cerveau de manière claire ou ne parviennent pas du tout, le tonus musculaire et donc la qualité du geste mais aussi la posture en seront affectés.

2) Le 2e frein sont les réflexes archaïques non intégrés, ou les réflexes posturaux qui ne sont pas présents quand ils devraient l'être.

3) Le 3e frein concerne les réflexes spinaux

4) Un autre frein est le muscle lui-même qui peut être faible, c'est-à-dire ne pas contenir suffisamment de tissu contractile.

5) Ensuite, nous avons les problèmes de mobilité liés à des restrictions au niveau du système fascial  (fascia).

6) Il ne faut non plus pas oublier que la biochimie du corps humain. Les peurs, les croyances, les expériences passées, la génétique, les facteurs hormonaux changent la chimie du corps et peuvent maintenir la douleur et les changements de tonus musculaire

7) Il y a aussi l'habilité du cerveau à percevoir les informations qui lui parviennent, à moduler  les information, à prendre des décisions et ainsi permettre l'apprentissage moteur. L'apprentissage moteur est basé sur l'habilité du cerveau à percevoir ce qu'il faut faire et ce qu'il faut mettre en place pour y arriver.

Ces barrières représentent les mécanismes sous-jacents qui font en sorte qu'il est parfois difficile ou impossible de ressentir, percevoir, prendre une décision et réagir (+ contrôle moteur).

N'importe quelle barrière peut causer ou maintenir une augmentation du tonus musculaire et une diminution de l'extensibilité.

Les muscles peuvent donc devenir hyperactifs (recrutement trop important) en présence d'une altération de la fonction neuromotrice.

Exemples : 

- Présence de réflexes archaïques,

- déficit sensori-moteurs,

- protection neurale,

- sensibilisation centrale,

- problème global de déséquilibre musculaire.

Notre thérapie doit avoir pour objectif de modifier ces mécanismes sous-jacents si nous voulons obtenir des effets à longs terme.

Revenons-en aux ischios-jambiers

Dans le cas des ischios-jambiers, nous allons voir plus en profondeur les 2 premiers points, à savoir un déficit sensori-moteur ou des réflexes archaïques non intégrés qui peuvent expliquer un excès de tonus et un manque d'extensibilité au sein de ces muscles.

Comment pouvons nous influencer le tonus des ischios-jambiers?

1. En changeant la perception.

Certaines paroles de patients comme "je n'arrive pas à relâcher ce muscle, je ne sais pas comment faire, ça reste tendu" doivent mettre la puce à l'oreille.  Il est possible d'améliorer la perception de la zone par un entraînement tactile (discrimination 2 points) pour changer la perception corticale.

2. En travaillant sur l'intégration des réflexes archaïques impliqués dans l'augmentation du tonus musculaire correspondant au pattern moteur du/des réflexes impliqués.

Les réflexes archaïques sont des réflexes liés au développement de la motricité et dépendent du cerveau archaïque. Ce sont des mouvements involontaires résultant de stimulations sensorielles, principalement tactile et vestibulaire. Ils doivent normalement s'intégrer pour la plupart dans la première année de vie.  Ils peuvent toutefois persister ou réapparaître à la suite de douleur, de traumatismes ou du stress. 

Presque tous les adultes ont encore des réflexes archaïques non intégrés.

Ces réflexes archaïques persistants augmentent le tonus dans certaines parties du corps (en fonction des réflexes incriminés) et perturbent ainsi les mouvements.

Comment agir sur la perception sensorielle et sur les réflexes archaïques pour diminuer le tonus des ischios-jambiers? 

1. Perception

En présence de douleur, les informations sensorielles sont altérées et donc la capacité du cerveau à percevoir le corps correctement également.

Un entraînement à l'acuité tactile peut aider à récupérer une fonction motrice normale après blessure.  En améliorant les informations tactiles que le cerveau reçoit, le mouvement est amélioré.

En entraînant la discrimination 2 points, statique et dynamique, on peut améliorer le déséquilibre de recrutement entre les ischios et les grands fessiers.

En effet, lorsque les ischios sont hyperactifs, les grands fessiers sont souvent hypoactifs.

2. Les réflexes archaïques. 

Les réflexes qui peuvent influencer le tonus des IJ sont les suivants : 

- le réflexe de Landau,

- le réflexe tendineux de protection du pied,

- le réflexe tonique symétrique du cou,

- le réflexe tonique asymétrique du cou,

- le réflexe spinal de Galant,

- le réflexe de Moro en extension,

- le réflexe spinal de Perez,

- le réflexe de Babinski.

Les 2 principaux étant le réflexe de Landau et le réflexe tendineux de protection du pied. 

Le pattern moteur du réflexe de Landau est le suivant : en couché ventral, suite à une stimulation vestibulaire provoquée par le fait de décoller la tête, le tonus dans la chaîne postérieure augmente avec un pattern d'extension globale et les jambes se décollent également.  Quand le réflexe est intégré, il ne devrait rien se passer au niveau des ischios-jambiers, ce qui n'est pas le cas quand le réflexe n'est pas intégré. 

Une des manière d'inhiber un réflexe est de reproduire le pattern moteur du réflexe de manière consciente et volontaire pour imiter le processus normal neurodéveloppemental dans lequel les réflexes archaïques sont naturellement inhiber par le lobe frontal.  Cela se fait en séance avec un thérapeute formé et à la maison avec un petit programme d'exercices à réaliser quotidiennement.

Le 2e réflexe concerné est le réflexe de protection des tendon du pied : une stimulation tactile du bord médial de voûte plantaire entraîne une contraction de la chaîne postérieure. 

L'intégration se fait par une désensibilisation au niveau tactile  et également des exercices.

Stratégie de traitement 

Le traitement par l'intégration des réflexes archaïques et/ou l'amélioration des informations sensorielles tactiles peut, au moins temporairement, diminuer le tonus des IJ, offrant une fenêtre pour un traitement plus global.  En effet, le traitement uniquement de l'hyperactivité musculaire n'est pas suffisant.

L'augmentation de la perception de  la zone et inhiber les réflexes archaïques  va faciliter un traitement du contrôle moteur plus complexe pour 

- corriger du pattern de mouvement,

- corriger le séquençage et le timing de la chaîne cinétique, 

- corriger des déséquilibres musculaires.

A retenir

N'oublions pas que le tonus musculaire est hautement influencé par notre système sensoriel et notre état psychologique.

Les mécanismes sous-jacents responsables des hyperactivités musculaire fréquemment observées devraient être recherchés et traités si nous souhaitons que nos traitements soient plus efficaces.

 

Merci à Françoise Totté de m'avoir envoyé la vidéo de Dianne Andreotti ! :-)  

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Sources images

http://santesportmagazine.com/?p=4498

https://www.espace-musculation.com/etirement-ischios.html

https://www.neuro-campus.com/did-you-know/quest-tonus-musculaire/

http://www.vetopsy.fr/sens/systeme-somatosensoriel/cortex-somatosensoriel-primaire.php

 

 

 

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Clotilde 19/05/2019 19:14

Bonjour,

merci pour vos précieuses explications et la qualité de l'article

Lila 06/05/2019 13:19

Bonjour , en m'appuyant sur vos explications, j'ai pu comprendre les démonstrations faites en videos par Dianne Andreotti , sauf celle de la marche sur le plan médian du pied (l'enfant filmé) : est-ce vraiment son déficit de souplesse occasionné par le réflexe tendineux de protection du pied. qui lui déforme la position de ses mains à ce point ...?! Merci d'avance pour votre réponse ainsi que votre article fouillé ????

Emmanuelle Gomez 06/05/2019 15:00

Bonjour, Dianne Andreotti explique que si le réflexe n'apparaît pas à la stimulation tactile du bord médial du pied mais qu'on a une suspicion qu'il est présent, on teste le réflexe en augmentant la stimulation donc en demandant à la personne de marcher sur le bord interne des pieds. Ici, chez l'enfant que l'on voit marcher sur le bord interne des pieds (c'est une demande de la part de l'examinateur, il ne marche pas comme cela en temps normal), on observe un pattern d'extension globale qui démontre que le réflexe est bien présent. En effet, on observe également des crispations dans les mains, il s'agit visiblement d'une syncinésie.